Un couple quadragénaire consulte des documents financiers dans un espace épuré avec vue sur un horizon lointain symbolisant leur avenir financier
Publié le 12 juin 2024

Contrairement à l’idée reçue, le PER n’est pas un outil de réduction d’impôt mais un mécanisme de bascule temporelle de la fiscalité, potentiellement dangereux s’il est mal maîtrisé.

  • L’avantage fiscal immédiat peut se transformer en un surcoût fiscal dévastateur à la retraite si votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI) augmente.
  • La véritable optimisation réside dans l’arbitrage mathématique entre votre TMI actuelle et votre TMI future anticipée, un calcul que la plupart des épargnants négligent.

Recommandation : Cessez de penser « défiscalisation » et commencez à modéliser « l’arbitrage de TMI » pour transformer le PER en un levier patrimonial puissant au lieu d’un piège fiscal différé.

Pour tout cadre supérieur français, l’équation est devenue un véritable casse-tête : une pression fiscale immédiate qui atteint des sommets, couplée à la certitude d’une pension de retraite de base en chute libre à l’horizon 2040. Dans ce contexte, la quête de solutions d’optimisation fiscale est plus qu’une simple optimisation, c’est une nécessité stratégique. Le Plan d’Épargne Retraite (PER), issu de la loi PACTE, est systématiquement présenté comme la solution miracle. Les brochures vantent des économies d’impôts immédiates et substantielles, un discours séduisant pour quiconque voit sa TMI flirter avec les 30 %, 41 % ou plus.

Pourtant, cette vision est dangereusement incomplète. Se focaliser sur la déduction fiscale à l’entrée sans modéliser rigoureusement la fiscalité à la sortie est l’erreur de planification patrimoniale la plus commune et la plus coûteuse. La véritable question n’est pas « combien puis-je déduire aujourd’hui ? », mais « quel sera le coût fiscal net de cette opération sur 15, 20 ou 30 ans ? ». Et si la clé du PER n’était pas la déduction elle-même, mais la maîtrise de la bascule temporelle de l’impôt qu’il permet ? C’est ce que nous allons démontrer.

Cet article n’est pas un guide de plus sur les avantages du PER. C’est une analyse actuarielle, conçue pour vous, cadre dirigeant, afin de déjouer les pièges mathématiques et de transformer ce produit en un véritable instrument d’ingénierie patrimoniale. Nous allons décortiquer les mécanismes de flexibilité, arbitrer les options de sortie, identifier le piège redoutable de l’arbitrage de TMI et définir une stratégie de versements qui maximise le rendement boursier et fiscal, bien au-delà de la précipitation de fin d’année.

Pourquoi le nouveau PER (issu de la loi PACTE) n’est-il plus le piège illiquide qui bloquait votre argent de force jusqu’à 65 ans, contrairement aux anciennes règles draconiennes du Madelin ou du PERP ?

La méfiance historique envers l’épargne retraite en France n’est pas infondée. Les anciens dispositifs comme le PERP ou les contrats Madelin étaient synonymes de rigidité extrême : des capitaux bloqués jusqu’à la retraite, une sortie quasi-exclusivement en rente viagère souvent peu attractive, et des conditions de déblocage anticipé très restrictives. Cette illiquidité programmée a dissuadé des générations de cadres de s’engager, préférant la souplesse de l’assurance-vie, quitte à sacrifier l’avantage fiscal à l’entrée. La loi PACTE de 2019 a radicalement changé la donne, en faisant de la flexibilité la nouvelle norme.

Le nouveau Plan d’Épargne Retraite (PER) a été conçu pour démanteler cette perception de « piège illiquide ». Son succès est d’ailleurs fulgurant, puisque les 77% des cotisations de retraite supplémentaire sont désormais sur les PER en 2024, preuve d’une confiance retrouvée. Le changement majeur réside dans l’élargissement significatif des possibilités de sortie, avant même l’âge de la retraite. Le législateur a compris qu’un projet de vie majeur, comme l’acquisition de sa résidence principale, ne devait plus être un obstacle à la préparation de ses vieux jours. Cette souplesse retrouvée modifie complètement l’analyse stratégique du produit.

Au-delà des accidents de la vie, qui constituaient déjà des cas de sortie anticipée, le PER introduit un cas de déblocage « positif » majeur. En plus de cette nouveauté, le socle des cas de déblocage d’urgence a été conservé et harmonisé :

  • Décès du conjoint ou du partenaire de PACS
  • Invalidité du titulaire, de son conjoint, de son partenaire de PACS ou d’un de ses enfants
  • Situation de surendettement validée par une commission
  • Expiration des droits aux allocations chômage
  • Cessation d’activité non salariée suite à une liquidation judiciaire
  • Acquisition de la résidence principale (la nouveauté structurante de la loi PACTE)

Cette flexibilité n’est pas un détail. Elle signifie que le PER peut désormais être envisagé comme une enveloppe d’épargne à double détente : un outil de long terme pour la retraite, mais aussi une réserve de capital mobilisable pour le projet immobilier d’une vie. L’argent n’est plus « perdu » jusqu’à 65 ans.

Comment débloquer votre PER par anticipation pour votre résidence principale ?

La possibilité de débloquer son PER pour l’acquisition de sa résidence principale est la plus grande innovation de la loi PACTE. Elle transforme le produit d’une simple épargne-tunnel en un outil patrimonial polyvalent. Cependant, cette opération doit être menée avec une rigueur procédurale et une conscience fiscale aiguë pour ne pas se transformer en déconvenue. La procédure est simple, mais le timing est tout.

Étude de cas : Procédure et conditions de déblocage pour résidence principale

Pour mobiliser les fonds de son PER, un épargnant doit fournir à son gestionnaire un dossier complet. Il doit inclure une copie du compromis de vente ou de l’acte d’achat définitif, ainsi qu’une attestation sur l’honneur certifiant qu’il s’agit bien de sa future résidence principale. Un point crucial est le timing : la demande de déblocage doit être faite dans les trois mois suivant la signature de l’acte. Il est important de noter qu’à la différence du PERP, il n’est plus nécessaire d’être primo-accédant. Le montant débloqué doit correspondre à l’apport personnel nécessaire, hors part financée par un prêt bancaire.

Si la procédure est claire, l’impact fiscal est la variable la plus critique. Les sommes débloquées (capital et intérêts) provenant de versements déduits sont réintégrées à votre revenu imposable et soumises au barème progressif de l’impôt sur le revenu (les plus-values sont en plus soumises aux prélèvements sociaux de 17,2%). Débloquer 50 000€ l’année où votre TMI est à 41% n’a pas le même impact que de le faire lors d’une année de transition à 11% ou 0%. La planification est donc essentielle, comme le montre le tableau suivant.

Impact fiscal selon le timing du déblocage PER
Situation fiscale au déblocage TMI applicable Impact sur 20 000€ débloqués Stratégie optimale
Année de congé sabbatique 11% 2 200€ d’impôt Moment idéal
Année normale d’activité 30% 6 000€ d’impôt À éviter
Année de création d’entreprise 0-11% 0-2 200€ Très favorable
Première année de retraite 11-30% Variable Dépend du montant de la pension

L’analyse de ce tableau est sans appel : le déblocage anticipé du PER pour la résidence principale doit être intégré dans une vision pluriannuelle de vos revenus et de votre fiscalité. Il peut s’agir d’une opportunité fiscale formidable (lors d’un congé sabbatique, d’une création d’entreprise, ou d’une année à revenus faibles) ou d’une erreur coûteuse si elle est réalisée sans anticipation lors d’une année de plein revenu.

Sortie en capital fractionné sur plusieurs années ou rente viagère classique : quelle option mathématique minimise le plus l’impact fiscal dévastateur à l’âge précis du départ en retraite ?

Le moment de la retraite est une zone de turbulence fiscale. Les revenus changent, les parts fiscales évoluent et la fiscalité des capitaux débloqués vient s’ajouter à l’équation. Le PER offre désormais une flexibilité totale à la sortie : 100% en capital (en une ou plusieurs fois), 100% en rente viagère, ou un mix des deux. Pour un cadre supérieur avec un capital significatif, ce choix n’est pas philosophique, il est strictement mathématique. L’objectif est de minimiser la friction fiscale pour maximiser le revenu net disponible.

La sortie en rente viagère, longtemps la seule option, a l’avantage de la simplicité et de la prévisibilité : un revenu garanti à vie. Fiscalement, la rente est imposée comme une pension de retraite, après un abattement de 10%. La sortie en capital, elle, est plus complexe. Le capital issu des versements déduits est soumis au barème de l’impôt sur le revenu, tandis que les plus-values sont taxées au Prélèvement Forfaitaire Unique (PFU) de 30% (ou sur option au barème). Sortir un capital de 200 000€ en une seule fois peut vous propulser mécaniquement dans la TMI à 41% ou 45%, un suicide fiscal.

La solution la plus sophistiquée est la sortie en capital fractionné. En étalant les retraits sur plusieurs années (par exemple, 25 000€ par an pendant 8 ans au lieu de 200 000€ en une fois), vous pouvez piloter finement votre revenu imposable annuel. L’objectif est de rester sous un certain seuil de TMI. Cette stratégie demande une modélisation précise de vos autres revenus de retraite (pensions, foncier, etc.) pour calculer le montant optimal à retirer chaque année. L’épargne moyenne des Français peut paraître modeste, mais pour des patrimoines plus importants, cette stratégie devient cruciale. Comme le souligne une analyse de Nalo, les versements sur les PER ont augmenté de 25% au dernier trimestre 2024, indiquant une prise de conscience croissante de l’importance de ces outils, même si leur complexité fiscale reste sous-estimée.

En définitive, la rente peut être une solution pour qui cherche une tranquillité absolue et anticipe une très grande longévité. Pour tous les autres, et en particulier pour les patrimoines conséquents, la sortie en capital fractionné est un outil d’ingénierie fiscale bien plus puissant. Elle permet de conserver le contrôle du capital, d’optimiser la transmission et, surtout, de minimiser l’impôt en lissant les revenus sur la durée.

Le piège mathématique redoutable de déduire vos versements aujourd’hui si vous prévoyez d’être paradoxalement dans une tranche d’imposition supérieure à la retraite (dirigeant, héritier, cumul d’activités)

Voici le cœur de la stratégie actuarielle du PER, et le piège dans lequel tombent la majorité des épargnants mal conseillés. Le postulat de base du PER est simple : vous déduisez vos versements à une TMI élevée durant votre vie active, et vous serez imposé à la sortie à une TMI plus faible à la retraite. Mais que se passe-t-il si ce postulat est faux ? Que se passe-t-il si, à la retraite, vos revenus vous placent dans une TMI égale, voire supérieure à votre TMI actuelle ?

Ce scénario, loin d’être une exception, est fréquent chez les cadres supérieurs et dirigeants. Pensez-y : revenus fonciers importants, dividendes d’une entreprise cédée, perception d’un héritage conséquent, cumul d’une pension confortable avec une activité de conseil… Autant de situations où la TMI à 65 ans peut être de 41% ou 45%, alors que vous aviez déduit vos versements à 30%. C’est ce que l’on appelle l’effet de ciseaux fiscal : vous avez obtenu un prêt de l’État (l’économie d’impôt) à un taux de 30%, et vous le remboursez des années plus tard à un taux de 41%. Une très mauvaise affaire.

La solution à ce paradoxe est une fonctionnalité méconnue mais géniale du PER : la possibilité de renoncer à la déduction fiscale à l’entrée. En optant pour des versements non déductibles, vous ne bénéficiez d’aucun avantage fiscal immédiat. En contrepartie, à la sortie, le capital que vous retirez est totalement exonéré d’impôt sur le revenu. Seules les plus-values seront taxées (au PFU de 30%). L’arbitrage est donc le suivant : est-il plus rentable d’économiser 30% d’impôt aujourd’hui pour être taxé sur 100% du capital à la sortie, ou de ne rien économiser aujourd’hui pour n’être taxé que sur les gains ?

Simulation d’impact fiscal : L’effet de ciseaux en action

Prenons un cas pratique pour illustrer ce concept. Un cadre déduit 15 000 € de versements sur son PER alors que sa TMI est de 30%, réalisant une économie d’impôt immédiate de 4 500 €. À la retraite, suite à un héritage, ses revenus le propulsent dans une TMI à 41%. Sur un retrait de 50 000 € (capital + intérêts), l’impôt sur le capital s’élèvera à 20 500 € (50 000 * 41%), sans compter la fiscalité des gains. S’il avait opté pour un versement non déductible, le capital de 15 000 € n’aurait pas été taxé. Selon une simulation détaillée de ce type de scénario, la perte nette peut être considérable. La meilleure stratégie est de choisir au cas par cas, pour chaque versement, l’option la plus judicieuse au vu de sa situation fiscale anticipée.

L’optimisation du PER n’est donc pas une course à la déduction maximale. C’est un arbitrage constant entre votre TMI actuelle et votre TMI future. Une projection lucide et conservatrice de vos revenus de retraite est l’étape la plus importante de votre stratégie PER.

Pourquoi effectuer vos versements volontaires déductibles dans la précipitation au mois de décembre est-il la stratégie d’optimisation fiscale et boursière la plus dangereuse de l’année ?

Chaque année, le mois de décembre voit une ruée des épargnants vers leur PER pour effectuer un versement unique « in extremis » avant la date limite du 31, afin de maximiser leur déduction fiscale pour l’année en cours. Cette pratique, encouragée par de nombreux conseillers, est pourtant l’une des pires stratégies d’un point de vue actuariel et boursier. Elle relève plus de la procrastination fiscale que de l’optimisation patrimoniale. Elle est dangereuse à deux niveaux : le market timing et le coût d’opportunité.

Premièrement, verser une somme importante en une seule fois sur les marchés financiers s’apparente à du market timing. Vous pariez que le point d’entrée de décembre est un bon point d’entrée. Or, rien ne le garantit. Si les marchés sont à un plus haut annuel, vous achetez au prix fort, réduisant votre potentiel de plus-value à long terme. Cette stratégie est d’autant plus risquée que les volumes de cotisations sont énormes, avec plus de 10,1 milliards d’euros de cotisations sur les PER individuels en 2024, dont une part significative versée en fin d’année.

Deuxièmement, et c’est le point le plus important, cette stratégie ignore un concept financier fondamental : le coût d’opportunité. En attendant décembre pour verser, votre argent est resté sur un compte courant ou un livret à faible rendement pendant 11 mois. Il n’a pas travaillé. Si vous aviez versé cette même somme en janvier, elle aurait bénéficié de 12 mois complets de capitalisation sur les marchés financiers. Sur une durée de 20 ou 30 ans, l’impact de ces 11 mois « perdus » chaque année est colossal en raison de la magie des intérêts composés.

La stratégie optimale est donc à l’exact opposé de la précipitation de décembre. Elle consiste soit à effectuer son versement annuel en une seule fois dès le début du mois de janvier (« front-loading »), soit, pour lisser le point d’entrée et ne pas subir la volatilité, à mettre en place des versements programmés mensuels (« Dollar Cost Averaging » ou DCA). Cette dernière approche est la plus saine et la plus sereine.

Votre plan d’action pour une stratégie de versements PER optimale

  1. Janvier : Idéalement, effectuer le versement annuel maximum (« front-loading ») pour que le capital travaille pendant 12 mois complets sur les marchés.
  2. Alternative prudente : Mettre en place des versements mensuels programmés pour lisser le point d’entrée et bénéficier de la méthode DCA (Dollar Cost Averaging).
  3. À proscrire : Le versement unique et précipité en décembre, qui revient à faire du market timing risqué et à perdre 11 mois de capitalisation.
  4. Calculer : Simulez le coût d’opportunité de ces 11 mois perdus chaque année sur une période de 20 ou 30 ans pour visualiser l’impact des intérêts composés.
  5. Anticiper : Évaluez vos besoins de trésorerie pour l’année à venir afin de ne pas être contraint à des versements non planifiés et sous-optimaux.

Pourquoi 80 % des investissements de défiscalisation sur catalogue vous font perdre plus de capital qu’ils n’économisent d’impôts ?

La promesse de « gommer ses impôts » a créé un marché florissant de produits de défiscalisation « sur catalogue », souvent proposés de manière agressive par les réseaux bancaires. Le plus connu est l’investissement locatif Pinel dans des programmes neufs. Si l’avantage fiscal est réel, il masque souvent une réalité économique beaucoup moins reluisante : surcoût à l’achat, frais élevés, risques locatifs et manque de liquidité. Le PER, surtout dans sa version en ligne à frais réduits, offre une alternative structurellement plus saine pour un investisseur averti.

L’illusion de nombreux produits de défiscalisation est de faire croire que l’avantage fiscal est un gain net. En réalité, il ne fait souvent que compenser (et parfois mal) une perte en capital latente. Un appartement neuf vendu 20% au-dessus du prix du marché de l’ancien voisin vous fait perdre instantanément une partie de votre capital, que la réduction d’impôt mettra des années à combler. À cela s’ajoutent des frais de gestion locative, les charges de copropriété, le risque de vacance ou d’impayés, et une liquidité quasi-nulle pendant la durée de l’engagement fiscal. Le PER se distingue par une transparence et une efficacité bien supérieures.

Le PER est un produit particulièrement attractif, plus adapté aux besoins des Français et qui permet de mieux financer les besoins d’investissement de long terme des entreprises, contrairement aux nombreux produits précédents aux règles de fonctionnement hétérogènes et complexes.

– Direction générale du Trésor, Bilan du déploiement du PER – 2024

Cette validation officielle souligne la rupture que représente le PER. En comparaison directe avec un investissement Pinel standard, les avantages du PER sont mathématiquement évidents.

PER en ligne vs. Pinel sur catalogue : le comparatif de l’efficience
Critère PER en ligne Pinel sur catalogue Avantage
Frais d’entrée 0% 5-10% PER
Frais de gestion annuels 0,5-1,75% 2-3% + charges PER
Liquidité 6 cas de déblocage + retraite Bloqué 6-12 ans minimum PER
Flexibilité Changement gestionnaire possible Aucune PER
Risque locatif Aucun Vacance, impayés PER
Transparence des coûts Totale Coûts cachés multiples PER

Le PER n’est pas un produit magique, mais sa structure de coûts et sa flexibilité en font un outil de capitalisation bien plus efficient que la plupart des solutions immobilières de défiscalisation packagées. L’économie d’impôt est un levier, pas une finalité. La finalité reste la constitution d’un capital, et sur ce point, le PER est structurellement mieux conçu.

Comment utiliser l’abattement annuel de 4600 € de l’assurance-vie après 8 ans pour se retirer une rente complémentaire totalement défiscalisée de l’impôt sur le revenu ?

Une stratégie patrimoniale de retraite efficace ne repose jamais sur un seul outil. Le PER est puissant pour la phase de capitalisation grâce à son levier fiscal, mais il doit être articulé avec un autre pilier de l’épargne française : l’assurance-vie. Cette dernière, grâce à sa fiscalité douce après 8 ans, est l’instrument idéal pour orchestrer la phase de décumul (la phase de retrait des fonds) et générer des revenus complémentaires quasi-défiscalisés.

Après 8 ans de détention d’un contrat d’assurance-vie, vous bénéficiez d’un abattement annuel sur les plus-values de 4 600 € pour une personne seule et 9 200 € pour un couple. Cela signifie que vous pouvez retirer chaque année une somme importante de votre contrat sans payer un seul euro d’impôt sur le revenu sur la part de gains, tant que celle-ci reste sous ce plafond. C’est une niche fiscale d’une puissance redoutable pour organiser ses revenus à la retraite.

La stratégie d’ingénierie patrimoniale optimale consiste donc à combiner les deux enveloppes :

  1. Pendant la vie active : Maximiser les versements sur le PER pour bénéficier du levier fiscal à l’entrée et de la capitalisation à long terme.
  2. Au début de la retraite : Ne pas toucher au PER ! Pendant les premières années, vivre des rachats programmés sur votre (ou vos) assurance(s)-vie de plus de 8 ans, en purgeant chaque année l’abattement de 4 600 € / 9 200 €. Ces revenus seront très faiblement fiscalisés (seuls les prélèvements sociaux de 17,2% s’appliquent sur les gains).
  3. Une fois les droits à la retraite stabilisés : Commencer les retraits fractionnés sur le PER, en pilotant les montants pour ne pas faire exploser votre TMI, comme nous l’avons vu précédemment.

Étude de cas : Stratégie combinée pour une rente optimisée

Un couple de retraités dispose d’un contrat d’assurance-vie mature avec une part de plus-values de 30%. Pour utiliser pleinement leur abattement de 9 200 €, ils peuvent retirer jusqu’à 30 667 € par an (9 200 € / 30%) sans payer d’impôt sur le revenu sur ces retraits. En utilisant cette stratégie pendant les 5 à 8 premières années de leur retraite, ils laissent leur PER continuer à se capitaliser et attendent que leurs revenus de base se stabilisent avant de commencer à y puiser, optimisant ainsi la fiscalité globale de leurs revenus de remplacement.

Cette articulation PER / Assurance-vie est la pierre angulaire d’une planification de retraite réussie. Elle permet de séquencer les retraits de manière fiscalement intelligente, en utilisant la bonne enveloppe au bon moment.

À retenir

  • Le PER n’est pas un outil de réduction d’impôt, mais un mécanisme de report d’imposition dont le succès dépend de l’arbitrage entre TMI actuelle et TMI future.
  • La flexibilité du nouveau PER (notamment la sortie pour résidence principale) en fait un outil patrimonial polyvalent, et non plus un tunnel d’épargne rigide.
  • La stratégie de versement (mensuel ou en début d’année) est plus importante que le montant, car elle maximise la durée de capitalisation et évite le market timing.

Comment gommer 6000 € d’impôts sur le revenu par an sans acheter le fameux appartement neuf surévalué proposé par votre banquier ?

L’objectif de réduire sa charge fiscale de 6 000 € par an est un seuil psychologique pour de nombreux cadres fortement imposés. La solution par défaut, souvent présentée comme la seule voie possible, est l’investissement immobilier locatif avec un dispositif comme le Pinel. Comme nous l’avons démontré, cette approche est souvent un miroir aux alouettes, où l’avantage fiscal ne fait que masquer une mauvaise opération patrimoniale. Le PER offre une voie plus directe, plus transparente et plus efficiente pour atteindre cet objectif précis.

Le calcul est purement mathématique et dépend directement de votre Tranche Marginale d’Imposition (TMI). L’économie d’impôt générée par un versement sur le PER est égale au montant du versement multiplié par votre TMI. Pour économiser 6 000 €, il faut donc verser un montant qui dépend de votre tranche. Le PER, qui a déjà séduit plus de 10 millions de titulaires pour plus de 100 milliards d’euros d’encours, est l’outil idéal pour cette manœuvre.

Voici le calcul précis du versement nécessaire pour générer 6 000 € d’économie d’impôt, selon votre TMI :

  • Pour une TMI à 30% : il faut verser 20 000 € (20 000 * 30% = 6 000 €).
  • Pour une TMI à 41% : il faut verser 14 634 € (14 634 * 41% ≈ 6 000 €).
  • Pour une TMI à 45% : il faut verser 13 333 € (13 333 * 45% ≈ 6 000 €).

Cette approche est d’une simplicité redoutable comparée à la complexité d’un projet immobilier. Il n’y a pas de recherche de bien, pas de notaire, pas de gestion locative, pas de risque d’impayé. De plus, pour les couples mariés ou pacsés, il est possible de mutualiser les plafonds d’épargne retraite si l’un des conjoints a un plafond non utilisé plus important, ce qui offre une flexibilité supplémentaire pour optimiser la déduction au niveau du foyer fiscal.

Bien entendu, ce calcul ne doit pas faire oublier la règle d’or : cette stratégie n’est pertinente que si vous anticipez une TMI inférieure ou égale à la retraite. Si ce n’est pas le cas, l’option des versements non-déductibles reste la voie royale. Mais pour l’immense majorité des cas, le PER est l’outil le plus puissant et le plus simple pour atteindre un objectif de défiscalisation chiffré, sans les risques et les frais cachés de l’immobilier « packagé ».

L’ingénierie patrimoniale de la retraite ne s’improvise pas. Elle repose sur des calculs, des anticipations et une compréhension fine des mécanismes fiscaux. Pour passer de la théorie à la pratique, l’étape suivante consiste à réaliser une simulation personnalisée de votre situation pour quantifier précisément le gain potentiel et définir la stratégie de versement et de sortie la plus adaptée à vos objectifs.

Questions fréquentes sur l’optimisation fiscale du PER

Comment anticiper ma TMI future à la retraite?

Pour anticiper votre TMI future, vous devez réaliser un bilan complet de vos revenus prévisibles à la retraite. Listez et estimez le montant de vos futures pensions de base et complémentaires, vos revenus fonciers existants ou futurs, les dividendes potentiels, les plus-values sur d’autres placements et, de manière plus prospective, les héritages ou donations que vous pourriez recevoir.

Puis-je mixer versements déductibles et non-déductibles?

Oui, absolument. Le PER offre une flexibilité totale qui vous permet de choisir, pour chaque versement que vous effectuez, s’il doit être déductible de votre revenu imposable ou non. Cette fonctionnalité est essentielle pour une optimisation fine : vous pouvez décider de faire un versement déductible une année où vos revenus sont exceptionnellement hauts, et un versement non-déductible l’année suivante si votre situation change.

Quelle option si je suis non-imposable?

Si vous êtes non-imposable ou dans une tranche très basse (11%), il est fortement recommandé de privilégier les versements non-déductibles. En effet, l’avantage fiscal à l’entrée serait nul ou très faible. En choisissant cette option, vous ne bénéficiez d’aucun gain fiscal immédiat, mais vous vous assurez une sortie de votre capital totalement défiscalisée de l’impôt sur le revenu, ce qui est bien plus avantageux à long terme.

Rédigé par Alexandre Vasseur, Diplômé d'un DESS en Droit Fiscal et titulaire de la certification CGPC, Alexandre Vasseur cumule 18 années d'expérience pointue en gestion privée et family office. Il est hautement spécialisé dans les montages complexes tels que l'apport-cession, la création de SCI et l'optimisation des enveloppes fiscales comme le PEA ou l'assurance-vie luxembourgeoise. Actuellement associé gérant de son propre cabinet, il vulgarise les stratégies des grandes fortunes pour les rendre accessibles aux investisseurs particuliers et aux chefs d'entreprise.